esclavage

Ibn Khudahbeth, géographe et astronome, cite Ibn al-Fakih (ces deux auteurs sont du IXème et XIème siècles) qui confirme que: « de la mer occidentale, arrivent en Orient les esclaves hommes romains, francs, lombards et les femmes romaines et andalouses ».

Ibn Haukal (1122-1213) affirme que « le plus bel article importé de l’Espagne sont les esclaves, des filles et de beaux garçons qui ont été enlevés dans le pays des Francs et dans la Galice. Tous les eunuques slaves qu’on trouve sur la terre sont amenés d’Espagne et aussitôt qu’ils arrivent on les châtre. »

al-Istakhri (géographe arabe de la première moitié du Xème siècle) précise les prix: « Ce qui vient du Maghreb, ce sont les esclaves chers. Pour une telle esclave et pour un homme qui n’a pas appris de métier, on obtient, selon leur condition physique et leur apparence, mille dinars et plus. »

De 1327 à 1348, Umur Pacha, l’un des cinq fils de l’émir d’Aydin, lui même émir de Smyrne ramène du butin :
« [ils] capturèrent beaux garçons et belles filles sans nombre au cours de cette chasse et les emmenèrent. Ils mirent le feu à tous les villages…Au retour, riches et pauvres furent remplis de joie par ses présents. Tout le pays d’Aydin fut comblé de richesses et de biens et la gaieté régna partout. Filles et garçons, agneaux, moutons, oies, canards rôtis et le vin étaient débarqués en abondance. A son frère, il donna en cadeau nombre de vierges aux visages de lune, chacune sans pareille entre mille ; il donna aussi de beaux garçons francs pour qu’il dénoue les tresses de leurs cheveux. A ces cadeaux, il ajouta de l’or, de l’argent et des coupes innombrables ».

Ahmad al-Wancharisi [XVe siècle]
« On m’a demandé, à propos d’esclaves venant du pays d’Abyssinie qui professent le monothéisme et acceptent les règles de la Loi sainte : est-il légal ou non de les acheter et de les vendre ? S’ils se convertissent à l’islam alors qu’ils sont la propriété de leurs maîtres, ceux-ci ont-ils ou non le droit de les vendre ? Et si la Sunna permet la vente des esclaves, d’où vient que professer une foi monothéiste qui sauve [un prisonnier infidèle] de la mort et d’une punition dans l’autre monde ne le sauve pas de l’humiliation et des souffrances de l’esclavage ? Il est certain qu’être possédé est un esclavage et un amoindrissement pour un individu ennobli par la foi. Et quelle est la signification de l’adage des docteurs de la Loi sainte : « l’esclavage est incroyance (kufr) » ? Cela s’applique-t-il après que quelqu’un est devenu croyant ? (…)
S’il est connu que toute une section ou toute une communauté parmi les habitants d’une région ont adopté l’islam ou ont été conquis par lui, il est certain qu’il faudrait, dans un tel cas, pour éviter des erreurs, interdire la possession de ces esclaves.
Mais si la conversion à l’islam est postérieure à l’établissement d’un droit de propriété [sur ces esclaves], alors l’islam n’exige pas la libération, parce que l’esclavage a eu pour cause l’incroyance. L’état de servitude persiste après la disparition de l’incroyance, en raison de son existence passée, et dans le dessein de la décourager. » (Ahmad al-Wancharisi, Kitab al-Mi‘yar al-Mughrib , cite par  Bernard Lewis, dans  Islam)

Pape Paul III – 1537
La Vérité elle-même, qui ne peut ni tromper ni se tromper ni être trompée ni devenir trompée, a dit clairement lorsqu’elle destinait les prédicateurs de la foi au ministère de la parole: « Allez enseigner toutes les nations ».
Elle a dit toutes, sans exception, puisque tous les hommes sont capables de recevoir l’enseignement de la foi. Ce que voyant, le jaloux adversaire du genre humain, toujours hostile aux œuvres humaines afin de les détruire, a découvert une nouvelle manière d’empêcher que la parole de Dieu soit annoncée, pour leur salut, aux nations.
Il a poussé certains de ses suppôts, avides de satisfaire leur cupidité, à déclarer publiquement que les habitants des Indes occidentales et méridionales, et d’autres peuples encore qui sont parvenus à notre connaissance ces temps-ci, devaient être utilisés pour notre service, comme des bêtes brutes, sous prétexte qu’ils ne connaissent pas la foi catholique. Ils les réduisent en esclavage en leur imposant des corvées telles qu’ils oseraient à peine en infliger à leurs propres animaux domestiques.
Or Nous, qui, malgré notre indignité, tenons la place du Seigneur sur terre, et qui désirons, de toutes nos forces, amener à Son bercail les brebis de Son troupeau qui nous sont confiées et qui sont encore hors de Son bercail, considérant que ces Indiens, en tant que véritables êtres humains, ne sont pas seulement aptes à la foi chrétienne, mais encore, d’après ce que Nous avons appris, accourent avec hâte vers cette foi, et désirant leur apporter tous les secours nécessaires, Nous décidons et déclarons, par les présentes lettres, en vertu de Notre Autorité apostolique, que lesdits Indiens et tous les autres peuples qui parviendraient dans l’avenir à la connaissance des chrétiens, même s’ils vivent hors de la foi ou sont originaires d’autres contrées, peuvent librement et licitement user, posséder et jouir de la liberté et de la propriété de leurs biens, et ne doivent pas être réduits en esclavage. Toute mesure prise en contradiction avec ces principes est abrogée et invalidée.
De plus, Nous déclarons et décidons que les Indiens et les autres peuples qui viendraient à être découverts dans le monde doivent être invités à ladite foi du Christ par la prédication de la parole de Dieu et par l’exemple d’une vie vertueuse. Toutes choses passées ou futures contraires à ces dispositions sont à considérer comme nulles et non avenues. (Pape Paul III – Veritas ipsa – 2 juin 1537)

Le théologien Ahmad Baba (1556-1527) :
La raison de l’esclavage imposé aux Soudaniens est leur refus de croire… (c’est pourquoi) il est légal de s’emparer de quiconque est capturé en tant qu’infidèle… Mahomet, le prophète, réduisait en esclavage les personnes, parce qu’elles étaient Kuffar… (C’est alors) légal de posséder les Éthiopiens… .

Jacques Heers – les négriers en terre d’islam
« Les janissaires et autres soldats turcs, en garnison au pays d’Egypte, s’associent en certain temps de l’année plusieurs ensemble et, prenant des guides et provisions de vivres, s’en vont au désert de Lybie, à la chasse de ces nègres. On leur baille au Caire, lorsqu’ils sont mis en vente, une pièce de toile qui couvre les parties honteuses[1] ».
Au sud de la Nubie et à l’ouest de l’Ethiopie, le trafic des esclaves du Darfur, absolument crucial pour l’économie des sultans musulmans, résultait soit des ventes par les trafiquants installés sur place, Arabes pour la plupart, qui ne pratiquaient que d’assez pauvres razzias sur les villages des environs, soit des raids directement placés sous l’autorité du sultan du Caire. Ces chasses aux hommes se pliaient à des règles parfaitement définies, impliquant des accords constants entre le pouvoir, les notables et les marchands. Celui qui prenait la tête d’une razzia, d’un ghazwa, devait d’abord solliciter la salatiya, autorisation du sultan. Celui-ci définissait très exactement le territoire de chasse et prenait, en quelque sorte, les chasseurs et les négociants sous sa protection. Il prêtait une escorte armée et interdisait à d’autres d’aller courir aux Noirs dans les mêmes pays. Le chef de raid avait tous pouvoirs, disposait de la même autorité que le sultan dans ses villes et ses Etats et, effectivement, on le disait bien sultan al-ghazwa, « sultan » maître du raid. Il réunissait ses fidèles, plus ou moins nombreux selon sa renommée, en fait selon le succès de ses entreprises les années précédentes, et négociait avec des groupes de marchand qui fournissaient les vivres nécessaires à de longs jours de route contre l’engagement de recevoir, en échange, un certain nombre de captifs. Chaque année le sultan autorisait plusieurs dizaines de razzias, jusqu’à soixante parfois ; les hommes partaient avant les pluies, de juin à août, et suivaient toujours, sans s’en éloigner, une route fixée à l’avance, tant pour l’aller que pour le retour. Les contrats souscrits par les négociants stipulaient que ceux qui accompagnaient le raid très loin  dans le sud et se chargeaient de convoyer les captifs jusque sur les marchés des villes en recevraient deux fois plus que ceux qui attendaient simplement le retour de la razzia dans le Nord. Ces raids ne tournaient pas forcément aux affrontements guerriers. On traitait avec des rabatteurs ou avec des chefs de tribus eux-mêmes chasseurs d’hommes dans le voisinage. Les Noirs surpris n’étaient certainement pas en mesure de résister les armes à fa main et l’on savait qu’une bonne expédition pouvait ramener de cinq à six cents esclaves. Le plus souvent les chasseurs opéraient, en toute quiétude, dans la région même du Darfur, plus particulièrement au sud et au sud-ouest. D’autres se risquaient beaucoup plus loin et l’on parle d’hommes qui demeurèrent six mois en route avant de renoncer, ayant atteint un fleuve qu’Ils n’osèrent franchir [2]
Dans les royaumes islamiques du Soudan, sous les bannières des chefs de guerre et des rois eux-mêmes, les chasses aux esclaves mobilisaient aussi, chaque saison, de forts partis de cavaliers. Ils envoyaient d’abord des éclaireurs pour voir si les habitants de tel ou tel village n’étaient pas sur leurs gardes et, le but de la razzia ainsi reconnu, partaient en troupes d’une bonne dizaine d’hommes, pas davantage[3]. Ils montaient des chameaux de race, s’approvisionnaient en eau, marchaient la nuit et arrivaient de jour afin d’enlever leur butin. Ils n’attaquaient pas volontiers de front et jamais ne s’attardaient à donner l’assaut aux fortins et aux cités mais, au-delà des terres de leur ethnie, allaient cerner au petit matin un village sans défense, pris par surprise sans aucune chance de réagir. Ils emmenaient les malheureux habitants en âge de servir, massacraient les faibles et les vieillards, et se retiraient aussitôt. (Jacques Heers)

Tidiane n’Diaye – le génocide voilé
L’Afrique subsaharienne a été razziée pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d’hommes déportés ont disparu du fait des traitements inhumains. Cette douloureuse page de l’histoire des peuples noirs n’est apparemment pas définitivement tournée. La traite négrière a commencé lorsque l’émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d’esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d’une énorme ponction humaine qui devait s’arrêter officiellement au début du XXe siècle.

[1] Les marchés aux esclaves

[2] Obichere – Slavery ; Daumas – Le grand désert, code de l’esclavage chez les musulmans ; Vivant Denon – Voyages dans la basse et la haute Egypte

[3] Kodjo – razzias et développement

Suite : devchirmé

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