Conquêtes contre les byzantins

Les premières conquêtes arabes contre les byzantins

L’auteur du Coran s’identifie au chef de l’expédition sarrasine qui se joignit à une coalition judéo-perse, aboutissant à la conquête de Jérusalem en 614. L’auteur a, tel Josué, conduit les enfants d’Ismaël à la guerre sainte (djihâd) pour la conquête de Jérusalem et le relèvement de la « Maison » (bayt), le « Lieu d’Abraham », afin d’y rétablir les assises (al qawaïda) du temple, d’y accomplir « pèlerinage » (haj), et de restaurer le « Royaume »  de «l’Élohîm ».  Pour les enfants d’Agar, la servante, et de son fils Ismaël, voici venue l’heure de la revanche contre les chrétiens « associateurs » impies qui, contrairement aux nazaréens,  croient à plusieurs dieux (Dieu le père, Marie la mère et Issa le fils) ! Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : l’association est plus grave que le meurtre. … Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul. (2 :191-193)

Mais la ville a été remise par les perses aux juifs rabbanites.

Suite à la reconquête sur les perses par Héraclius vers 621, les nazaréens, arabes et juifs, émigrent de Syrie en 622 vers Yatrib, ville de la tribu des ansars. Ils prennent alors le nom d’émigrés (mahgrayé en syrien, qui deviendra plus tard muhajirum en arabe). On remarque d’ailleurs tout un ensemble de noms de la racine ansar en Syrie. La chronique de Sébéos (660) raconte la prédication de Mohamed: « ils (les juifs rabbanites émigré depuis Edesse en 625) partirent dans le désert et vinrent en Arabie chez les enfants d’Ismaël. Ils les appelèrent à leur secours et leur firent savoir qu’ils étaient parents, d’après la Bible. Bien que les ismaélites fussent prêts à accepter cette proximité de parenté, les juifs ne purent néanmoins convaincre la masse des gens parce que leurs cultes étaient différents.

En ce temps-là, il y avait un ismaélite appelé Mahmet, un négociant. Il se présenta lui-même à eux comme sur ordre de Dieu, comme un prédicateur, comme le chemin de la vérité, et leur apprit à connaitre le dieu d’Abraham car il était très bien instruit et à l’aise avec l’histoire de Moïse. Comme l’ordre venait d’en-haut, ils s’unirent tous sous l’autorité d’un seul homme, sous une seule loi, et, abandonnant de vains cultes, revinrent au Dieu vivant qui s’était révélé à leur père Abraham. Mahmet leur interdit de manger de la viande d’aucun animal mort, de boire du vin, de mentir ou de forniquer.

Il ajouta : Dans un serment, Dieu a promis ce pays à Abraham et à sa postérité après lui à jamais ; il agissait selon sa promesse quand il aimait Israël. Maintenant vous, vous êtes les fils d’Abraham et Dieu réalise en vous la promesse faite à Abraham et à sa postérité. Aimez seulement le Dieu d’Abraham, allez vous emparer de votre territoire que Dieu a donné à votre père Abraham, et personne ne pourra vous résister dans le combat, car Dieu est avec vous ». La chronique de l’évêque Jacques d’Edesse dit qu’il annonce la venue du messie (la 1ère venue pour les juifs orthodoxes, son retour pour les nazaréens et les chrétiens).

Les nazaréens s’attachent donc à convertir les tribus du nord et du centre de l’Arabie, et le fait de se rattacher à Abraham permet d’unir juifs et arabes dans le même héritage du peuple élu. En 629, à la bataille de Muta, Mohamed échoue à reprendre Jérusalem ; d’après la tradition musulmane, il meurt en 632, après une tentative d’empoisonnement, et est enterré à Médine, mais certains textes le font apparaitre jusqu’en 634.

L’une des premières victoires remportées contre les romains, qui abandonnent alors Jérusalem, est racontée par deux chroniqueurs contemporains : Thomas le presbytre, écrivant en 640 la Chronica minora : En l’année 945, indiction VII [634] le vendredi 4 shebat, à 9 heures, eut lieu le combat des romains et des tayayé de Mohamed en Palestine, à 12 milles à l’est de Gaza. Les romains s’enfuirent, abandonnant le patrice Bar Yardan que les tayayé tuèrent. Furent tués là environ 4000 paysans pauvres de Palestine, chrétiens, juifs et samaritains. Et les tayayé dévastèrent toute la région. (chronica minora 2-III – cité par A.L. de Prémare dans les fondations de l’islam)

Et la Doctrina jacobi, une chronique syriaque écrite en grec entre 634 et 640, décrit le même événement : Mon frère Abraamès m’a écrit, dit Ioustos à Jacob, qu’un faux prophète est apparu. « Lorsque le candidat [lieutenant de la garde byzantine – le patrice Sergios] fut tué par les saracènes, j’étais à Césarée – me dit Abraamès-, et j’allai en bateau à Sykamina. On disait : le candidat a été tué ! et nous, les juifs, nous étions dans une grande joie. On disait que le prophète était apparu, venant avec les saracènes, et qu’il proclamait l’arrivée du christ oint qui allait venir. Et moi, étant arrivé à Sykamina, je m’arrêtai chez un ancien très versé dans l’écriture et je lui dis : Que me dis-tu du prophète qui est apparu avec les saracènes ? Et il me répond en gémissant profondément : C’est un faux prophète : les prophètes viennent-ils armés de pied en cap ? Mais toi, seigneur Abraamès, va et renseigne-toi sur ce prophète qui est apparu. Et moi, Abraamès, ayant poussé l’enquête, j’appris de ceux qui l’avaient rencontré qu’on ne trouve rien d’authentique dans ce prétendu prophète : il n’est question que de massacre. Il dit aussi qu’il détient les clés du paradis, ce qui est incroyable. » Voila ce que m’a écrit mon frère Abraamès d’orient. (cité par A.L. de Prémare dans les fondations de l’islam)

Thomas le presbytre raconte ainsi les attaques contre les perses : Sous Yazdagird [632-651] commença la fin du règne des perses. Dieu envoya contre eux l’assaut des fils d’Ismaël, lesquels étaient aussi nombreux que les sables au bord de la mer. Celui qui les dirigeait était Muhammed. (Chronica minora II,30)

Bukhari et Muslim citent encore cette proclamation de Mohamed, conforme aux espérances nazaréennes de retour du messie après la reconquête de Jérusalem et l’ébauche de reconstruction du temple : « Par celui qui tient mon âme en sa main, la descente de Jésus, fils de Marie, est imminente. »

Le rabbin Eléazar Qilir [[1]], contemporain, ajoute que le messie de guerre, ayant reconquis Jérusalem, commença à reconstruire le temple et a été assassiné trois mois après.

Ainsi, d’après ces textes non islamiques, Mohamed ne serait pas mort en 632, mais en 634,  et le califat d’Abu Bakr de 632 à 634 serait alors une fiction utilisée pour combler la période en masquant cet assassinat et le repli qui a suivi, jusqu’à l’occupation définitive de Jérusalem par Omar en 638.

Un texte, datant de 750, les « secrets de Rabbi ben Yohay »  raconte l’entrée d’Omar à Jérusalem et parle de lui en tant que 2ème roi, donc en passant sous silence Abu Bakr :  « Le deuxième roi qui se lève en Ismaël (Omar) réparera les brèches du Temple. »  

A cette époque, juifs et arabes étaient encore alliés. Ni la charte de Médine, ni les rabbins juifs ne parlent de tribu juive rabbinique à Yatrib. D’ailleurs, la chronique de Sébéos qui raconte l’arrivée des juifs d’Edesse à Yatrib dit qu’ils y trouvent des juifs ayant « un culte différent » et qu’ils s’y convertissent. Ils se font nazaréens. Les controverses et attaques contre les juifs de Médine sont des ajouts tardifs pour faire justifier, à posteriori, par le prophète une extermination plus tardive des juifs nazaréens, après la rupture qui a donné naissance à l’islam.

Suite : l’hegire


[1] Gilbert Dagron, Entre histoire et apocalypse

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