les nazaréens de Syrie

Les nazaréens de Syrie et les qoréchites

En Syrie, se retrouve un groupe de juifs chrétiens, qui, comme de nombreux groupes juifs messianistes précédents, « émigrés », pleurent sur Jérusalem dévasté, lisent les prophètes qui annoncent la reconquête de Jérusalem, le rétablissement du temple, la défaite des fils des ténèbres et l’établissement du royaume de dieu sur le monde entier. Jérusalem, si je t’oublie, que ma droite se dessèche ! (psaume 137 :5) Ils se disent nazaréens, et attendent le retour du messie, qu’ils nomment Issa (Jésus signifie « il sauve », et le nommer ainsi serait reconnaître qu’il est dieu car seul dieu sauve. Issa vient de Esau, celui qui a perdu l’héritage au profit de son frère Jacob). Ce messie, comme annoncé par les prophètes, est le fils d’une vierge, mais il n’est qu’un homme, et s’il est bien au ciel, auprès de dieu, il y a été élevé, sans passer par la mort ni la résurrection, un autre a été crucifié à sa place quand les juifs l’ont refusé ([1]). Lorsque Jérusalem aura été reconquis et le temple reconstruit, ce messie ([2]) reviendra du ciel pour le combat final entre la lumière et les ténèbres, apportant le salut à Israël et aux justes de toutes les nations. Le monde sera alors renouvelé par les hommes en son nom, le messie, roi guerrier, étendant sa domination sur le monde pendant 40 ans de paix et d’accomplissement des promesses, à la suite de quoi le messie mourra et sera ressuscité pour le jour du jugement (4ème livre d’Esdras 7 :28-31).

Dans le temps des rois, le dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et qui ne passera point sous la domination d’un autre peuple; il brisera et anéantira tous ces royaumes-là, et lui-même subsistera éternellement. (Daniel 2 :44)

Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un fils d’homme ; il arriva jusqu’au vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous les peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. (Daniel 7 :13-14)

Plusieurs versets du coran font référence aux juifs, le peuple élu 2 :47,121,122 7 :140 5 :21 montrant bien par là ses sources judaïques. Cette notion de « peuple élu », que dieu aime plus que tous les peuples de la terre sera bientôt transformé en l’oumma, la meilleure communauté, qui ordonne le convenable et interdit le blammable (3 :110)

Les nazaréens de Syrie ont fortement influencé la tribu du prophète de l’islam, les qoréchites ([3]), et l’islamisme reprend tous leurs thèmes, puis, depuis l’hégire, il comprend le christianisme comme une falsification de l’évangile ([4]), une « association » de dieux, donc un polythéisme, la trinité étant faussement vue comme dieu le père, Marie la mère, et Jésus le fils et non dieu, Jésus et le saint esprit en une seule personne ([5]). Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : « Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d’Allah? » (5 :116).

Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs ([6]) sont les ennemis les plus acharnés des croyants. Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : « Nous sommes nazaréens. » C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. (5 :82) Les associateurs (mušrikûn) sont les chrétiens, croyant à la trinité, et le mot chrétien est employé à tord par les traducteurs modernes à la place du mot original nazaréen ([7]). Les traducteurs modernes ne conservent que deux mentions des nazaréens ([8]).

D’autres versets confirment qu’il y a parmi les gens du livre des justes, mais sans citer explicitement les nazaréens  : Il est, parmi les gens du livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite les versets d’Allah en se prosternant. Ils croient en Allah et au jour dernier, ordonnent le convenable, interdisent le blâmable et concourent aux bonnes œuvres. Ceux-là sont parmi les gens de bien. (3 :110  et 5 :66)

Les premiers conquérants arabes n’étaient donc pas des musulmans dans le vrai sens du terme, ils professaient une croyance très proche du judaïsme et s’étaient même alliés avec ces juifs. Leur objectif initial était la restitution par la force de la terre promise à Abraham. Ces conquérants n’étaient pas originaires de La Mecque, qui n’existait pas du temps du prophète, ils ne venaient pas du centre de l’Arabie mais de territoires limitrophes de la Palestine et de la Syrie, ils y avaient été instruits de la bible et de l’évangile par les nazaréens, dont la langue était syro-araméenne ([14]).

Khadija ([9]), la première femme de Mohamed, était cousine d’un prêtre nazaréen, Waraqa ([10]), qui a béni son mariage, et dont le commentateur Al-Bukhari (mort en 870) dit : « Cet homme, qui était cousin de Kadidja du côté de son père avait embrassé le nazaréisme avant l’apparition de l’islam. Il savait écrire l’hébreu et avait copié en hébreu toute la partie de l’évangile que dieu avait voulu qu’il transcrivît ». Un autre dit que « le prêtre Waraqa écrivait le livre arabe ». La sira d’Ibn Hisam rapporte que « Il était devenu nazaréen et avait suivi les livres et appris les sciences des hommes… Il était tellement connaisseur du nazaréisme. Il a fréquenté les livres des nazaréens, jusqu’à les connaître comme les gens du livre. Il a vraisemblablement traduit l’évangile d’hébreu en arabe ([11]).  Waraqa n’est pas le seul nazaréen cité par les commentaires musulmans dans l’entourage de Mohamed, Al Yaqubi dit « Parmi les arabes qui sont devenus nazaréens, il y a un groupe de Qurays (Qoréchite)  … parmi lesquels Waraqa …» qui serait donc non pas un juif mais un arabe converti au nazaréisme. Le coran fait allusion à son existence :  Et Nous savons parfaitement qu’ils disent : « Ce n’est qu’un être humain qui lui enseigne (le Coran) ». Or, la langue de celui auquel ils font allusion est étrangère [non arabe], et celle-ci est une langue arabe bien claire. (16 :103)

La tradition musulmane parle aussi d’un moine nommé Bahira, qui reconnut en Mohamed enfant un prophète par un signe dans son dos ([13]). Tabari évoque les contacts de Mohamed avec lui : « Mohammad allait à Damas en s’accompagnant d’Aboutaléb et de la caravane de Quoriche pour faire du commerce. La caravane est arrivée à Bosrâi de Damas et y rencontra un prêtre nommé Bahira. Ce dernier était un prêtre savant qui était constamment au couvent, où l’on apprenait tout son savoir à propos d’un livre. Bohira interrogea le Prophète (Mohammad) sur certaines choses… le Prophète lui donna des réponses, toutes conformes aux caractères que Bohira avait pressentis. Bohira dit à Aboutaléb : Amène-le (Mohammad), chez lui, et méfie-toi de l’attitude des Juifs à son égard, car s’ils l’aperçoivent, et qu’ils savent ce que j’ai su de lui, ils le léseraient, car il a un grand avenir ; amène-le chez lui le plus tôt possible. »

On trouve enfin mention d’un secrétaire de Mohamed, décrit comme un juif de Yatrib ([12]) : Zayd Ibn Tabit, et on mentionne aussi que plus tard Omar le chargea de collecter les feuillets du coran.

Al Bukhari a encore cette parole à la fois énigmatique et révélatrice : « Lorsque Waraqa est décédé, la révélation s’est tarie ». Autrement dit, on peut penser que la 1ère partie du coran (les versets mecquois) ont été écrits par Waraqa, et la suite (les versets médinois) par Mohamed (et les califes).

Une « Sourate » c’est un cantique, une section d’un lectionnaire destiné à être lu en public et les tous premiers feuillets du coran apparaissent comme inspirés d’un lectionnaire syro-araméens, contenant des hymnes et des traductions en arabe d’extraits de la bible et de l’évangile, utilisés dans les services rituels chrétiens, dans une intention missionnaire. Il ne s’agissait pas d’inaugurer une nouvelle religion, mais d’en répandre une plus ancienne.

Suite : les zoroastriens


[1] Certains textes apocryphes disent que c’est Judas qui a été crucifié, d’autres que c’est Simon de Cyrène, d’autre que c’est une espèce de double virtuel (actes de Jean, 2ème traité du grand Seth, apocalypse copte de Pierre).

[2] Pour les musulmans, c’est le mahdi qui viendra mener les hommes à la grande guerre des justes contre les injustes, Jésus reviendra également (et bizarrement pas Mohamed, le plus grand des prophètes) mais uniquement pour l’assister.

Charles de Foucauld explique : « Tout Musulman croit qu’à l’approche du Jugement dernier le Mahdi surviendra, déclarera la guerre sainte et établira l’Islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non-Musulmans. Dans cette foi, le Musulman regarde l’Islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui, Musulman, ou ses descendants; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve […] D’une façon générale, sauf exception, tant qu’ils seront Musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus moins patiemment le jour du Mahdi, en lequel ils soumettront la France. »

[3] Une sourate du coran parle d’eux comme de monothéistes : A cause du pacte des Qoraïsh, de leur pacte [concernant] les voyages d’hiver et d’été. Qu’ils adorent donc le seigneur de cette maison (la Kaaba) qui les a nourris contre la faim et rassurés de la crainte! (106 :1-4) D’ailleurs le père de Mohamed s’appelait Abd Allah !

[4] Nulle part le coran ne parle de falsification de l’évangile ou de la thorah, au contraire, il en parle comme de références de la parole de dieu (21:7, 7:157, 10:94, 2:91, 5:47, 5:66,  5 :68) Que les gens de l’évangile jugent d’après ce qu’Allah y a fait descendre. Par contre il reproche aux chrétiens de soutenir des idées qui s’y trouvent. Or l’évangile était déjà largement diffusé à l’époque de Mohamed. Si ces textes avaient été falsifiés, Allah aurait demandé de ne pas s’y fier et de ne faire confiance qu’au coran. Les polémiques antichrétiennes sont donc des ajouts tardifs, et à présent les musulmans analysent précisément de nombreuses contradictions dans les récits de la passion. Il s’agit pour eux de prouver que ces récits sont faux, que Jésus n’est pas dieu et qu’il n’est pas mort sur la croix, et donc pas ressuscité, et enfin que l’injil de Jésus, l’évangile, a été falsifié sur la mort et la divinité de Jésus et également sur la trinité.

[5] En hébreu et en araméen, l’esprit était féminin, et l’esprit de dieu est naturellement devenu la mère. Ainsi Origène et saint Jérôme indépendamment citent ce verset tiré de l’Evangile des hébreux : « Le Sauveur a dit : il y a un instant, ma Mère, qui est l’Esprit Saint, m’a enlevé par un de mes cheveux, et m’a transporté sur la grande montagne du Tabor. » D’où la confusion commise par le redacteur du coran avec Marie, la mère de Jésus.

[6] Jean de Damas (692-796) explique : Ils nous appellent associateurs parce que, disent-ils, nous introduisons à côté de Dieu un associé lorsque nous disons que le Christ est fils de Dieu et Dieu. Nous leur disons : c’est ce que les prophètes et l’écriture nous ont transmis. Vous aussi, ainsi que vous l’affirmez, vous acceptez les prophètes. Et si nous disons, contrairement à vous, que le Christ est fils de Dieu, ce sont eux qui nous l’ont enseigné et qui nous l’ont transmis. Certains d’entre eux disent que nous avons ajouté cela aux prophètes, en les interprétant de façon allégorique, et d’autres que les hébreux, par haine, nous ont égarés en attribuant ces textes aux prophètes, pour nous perdre.

[7] Les parenthèses ajoutées par les traducteurs au verset suivant 5 :83 en changent le sens Et quand ils entendent ce qui a été descendu sur le Messager [Muhammad], tu vois leurs yeux déborder de larmes, parce qu’ils ont reconnu la vérité. Ils disent : « Ô notre Seigneur! Nous croyons : inscris-nous donc parmi ceux qui témoignent (de la véracité du Coran). Il s’agit encore de Jésus et de l’évangile, pas de Muhammad et du coran.

La même sourate dit aussi en 5:51 Croyants, ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens, qu’il faudrait là bien traduire par chrétien pour conserver un peu de logique, mais cela est contradictoire avec 5 :82, à moins que le « et les chrétiens » et la suite n’ai été rajouté.

[8] 2 :62 et 22 :17, cités plus loin.

[9] Les commentaires font d’elle une riche marchande, plutôt une juive, nazaréenne qu’une nomade, arabe.

[10] Joseph Azzi, alias al hariri, a publié un livre le prêtre et le prophète où il recense tous les commentaires concernant Waraqa.

[11] L’évangile dit des hébreux n’est connu que par quelques citations par les pères de l’église, qui le disent proche de celui de saint Mathieu, de même celui des ébionites, en araméen.

[12] La tradition dit que Zayd connaissait l’hébreu et le syriaque ; certains disent que Mohamed lui aurait demandé d’apprendre l’hébreu et le syriaque ce qu’il aurait fait en quinze jours. Encore d’autres exposent que Zayd était juif, qu’il avait étudié dans l’école juive de Médine et qu’il avait porté les papillotes durant sa jeunesse.

[13] cette épisode rappelle Siméon qui lui aussi recevant Jésus enfant, prophétise sur son avenir

[14] Voir http://www.asraralislam.com/Les%20secrets%20de%20l’islam/le_coran_arameen.html

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